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Conférence donnée à l’@rdec de La Roche St Secret le 30 septembre 2016 par Hansjörg Frommer

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L’Empire ottoman 

Les Turcs sont venus de l’Est (Turkestan) et ont pris possession de l’Anatolie au XIIIième siècle. Ils ont conquis Constantinople (1453), les pays des Balkans, la Crimée, l’Arabie, l’Égypte et une partie de l’Afrique du Nord et ont organisé ces pays en provinces d’un empire : l’Empire ottoman. Sous Soliman le Magnifique (1520 – 1566) la Turquie ottomane a connu son apogée. Sa puissance a commencé à décliner après 1566. Au XVIIième  siècle, elle perdit la Hongrie au profit de l’Autriche, au XVIIIième  siècle la Roumanie, la Bulgarie et la Crimée au profit de la Russie, au XIXième  siècle la Grèce, l’Algérie et la Tunisie au profit de la France, l’Égypte et le canal de Suez au profit de l’Angleterre. La France et l’Angleterre s’engagèrent dans la Guerre de Crimée 1853 – 1856 pour sauver l’homme malade du Bosphore devant l’expansionnisme russe. La Turquie s’efforça de réformer l’État (Tanzimat), mais elle resta endetté et ses efforts étaient inefficaces. Quand la France et l’Angleterre se rapprochèrent de la Russie en 1907, elles n’eurent plus d’intérêt à soutenir la Turquie ottomane, et depuis 1912, année pendant laquelle l’Italie attaqua et soumit la Libye, il y eut des pourparlers pour distribuer les provinces ottomanes.

Le Sultan, l’Empire allemand et les « Jeunes Turcs »

L’Empereur Guillaume II qui aimait voyager et faire des discours fit un premier voyage en Turquie ottomane et visita en 1898 Constantinople et Jérusalem. Ce fut le début d’une coopération militaire et économique intense avec, par exemple, la construction du chemin de fer de Constantinople à Bagdad. Un groupe de jeunes officiers, les Jeunes Turcs, destitua en 1909 le Sultan et prit le pouvoir (Taalat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha). Ils voulaient réformer l’État en s’appuyant sur le nationalisme turc (contre les autres peuples, les Kurdes, les Arméniens, les Grecs) et par une guerre victorieuse contre la Russie. La coopération militaire avec l’Allemagne fut intensifiée. En cas d’une grande guerre en Europe, un front turco-russe soulagerait la pression russe contre l’Allemagne et l’Autriche.

Le début de la guerre 1914 et la question arménienne

Le plus grand navire de ligne existant fut commandé et payé par la Turquie en Angleterre. Il devait être livré en juillet 1914, mais Churchill, alors Ministre de la Marine, réquisitionna le bateau pour la marine anglaise. Au début de la guerre il y avait deux bâtiments allemands en Méditerranée, le Goeben et le Breslau. Le 4 août 1914, ils bombardèrent Bône et Philippeville en Algérie pour empêcher l’embarcation des troupes coloniales françaises. Chassés par les Anglais ils furent mis à couvert  à Constantinople et joints à la flotte turque, avec leurs équipages. Le 2 novembre 1914, la Russie, la France et l’Angleterre déclarèrent la guerre à la Turquie. La guerre commença dans le Caucase. Enver Pacha voulut reprendre des provinces perdues au XIXième  siècle, mais les Russes étaient mieux équipés et avaient des positions plus favorables. L’hiver était très froid, Enver perdit beaucoup d’hommes. La bataille de Sarıkamış autour du Nouvel an fut une défaite sanglante pour les Turcs. La propagande russe parlait de la libération des Arméniens, il y avait des combattants arméniens volontaires du côté russe. La présence de combattants arméniens volontaires du côté russe fut le prétexte à un génocide qui eut lieu à partir de mai 1915. Les Allemands, très nombreux à Constantinople, n’osèrent pas protester contre ces mesures inhumaines.

Gallipoli (mars 1915 – janvier 1916)

En attaquant Istanbul par la mer, Churchill, Ministre de la Marine anglaise, voulait une victoire rapide, mais l’attaque de la marine fut un échec. En avril, des troupes alliées abordèrent la péninsule de Gallipoli pour menacer Istanbul, du côté anglais des troupes d’Australie (ANZAC), du côté français le Corps expéditionnaire d’Orient. Les Turcs avaient renforcé leur position et luttaient depuis le haut de la falaise, sous le commandement de Mustafa Kemal. Les Alliés avaient plus de 500 000 soldats, mais ils ne réussirent pas à gagner de terrain et eurent de grandes pertes. Ils durent se retirer le 9 janvier 1916.

Le 29 avril 2016, une armée indo-anglaise dut se rendre à Kut-El-Amara, au sud de Bagdad.

Les accords Sykes-Picot (16 mai 1916)

En escomptant l’effondrement de la Turquie, un membre du parlement anglais, Sir Mark Sykes, et un diplomate français, François Georges-Picot, engagèrent, en novembre 1915, des pourparlers pour la réorganisation du Proche Orient. L’Angleterre réclamait avec l’Égypte, Suez et l’Arabie un territoire entre l’Afrique de l’Est et l’Empire indien. La France avait des interêts économiques au Liban et se voyait dans la tradition des croisades. Les accords secrets signés le 16 mai 1916 qui divisaient l’Arabie en une zone française et une zone anglaise furent le résultat.

Déclaration Balfour (2 novembre 1917)

Dans les accords Sykes-Picot, la Palestine était sous administration conjointe entre l’Angleterre et la France. Mais le gouvernement anglais, afin de gagner les juifs aux alliés, déclara en 1917 par son secrétaire d’État : Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Fin de la guerre et capitulation de la Turquie

La Turquie était épuisée. L’armée indo-anglaise prit Bagdad en 1917. Les Anglais promirent aux Arabes l’indépendance sous protectorat anglais, l’armée égypto-anglaise sous le commandement du général Allenby prit Jérusalem en décembre 1917 et gagna la dernière grande bataille contre les Turcs à Megiddo au nord de la Palestine. Il prit Damas le 1er octobre 1918. Les Grecs entrèrent en guerre et prirent possession des provinces européennes de l’Empire turc. Talaat Pacha démissionna le 6 octobre et s’enfuit avec d’autres Jeunes Turcs en Allemagne. Le Sultan Mehmet VI nomma un nouveau gouvernement qui signa l’armistice de Mudros le 30 septembre 1918, une capitulation totale. Les Alliés prirent la responsabilité de facto à Constantinople.

Le traité de Sévres (10 août 1920) 

Les pourparlers pour la paix commencèrent à Paris en janvier 1919. Le président américain Wilson voulait une Ligue des nations et était contre l’élargissement des empires coloniaux. Mais il n’était pas intéressé par la question turque et partit, laissant le problème du Proche Orient à régler par la France et l’Angleterre. La France avait entretemps pris possession de Damas par la force militaire. Les envoyés du sultan signèrent le démantèlement total de la Turquie le 10 août 1920, mais de son côté, Kemal Pacha rassembla une armée nationale turque à Ankara et engagea la lutte pour une nouvelle République nationale turque.

L’Arabie d’après-guerre

Alexandre Millerand, président français depuis septembre 1920, prônait un fort engagement français dans la région. La Syrie et le Liban furent donnés par la SDN en mandat à la France. Depuis 1919 des troupes françaises commandées par le général Gouraud essayèrent de prendre le contrôle de la région : Par un sentiment d’humanité commun à tous les Français, je n’ai pas l’intention d’employer les avions contre les populations sans armes, mais à la condition qu’aucun Français, aucun chrétien ne soit massacré. Des massacres, s’ils avaient lieu, seraient suivis de terribles représailles par la voie des airs.

La guerre contre l’indépendance de la Syrie ne se termina qu’en 1923, et cette paix ne fut que de courte durée : une nouvelle insurrection commença en 1925 (jusqu’à 1928).

L’Angleterre reçut la Mésopotamie et la Palestine en mandat et prit le protectorat de la Transjordanie et de l’Arabie. Pour pacifier la Mésopotamie, elle accepta en 1921 Fayçal, fils du chérif de Mecque, comme roi d’Irak. Malgré cela, la situation resta tendue.

Atatürk et la nouvelle Turquie

Entre 1920 et 1923, Kemal  Pacha se battait pour une Turquie intégrale et nationale. Les Grecs perdirent Edirne et Izmir, les Arméniens furent expulsés de l’Anatolie, la France perdit des terrains à la frontière de la Syrie, l’Italie perdit la région d’Antalya. Dans le traité de Kars en 1921, la Russie céda ses conquêtes faites pendant la guerre et, en 1923, dans la paix de Lausanne, la nouvelle République turque fut reconnue dans ses frontières actuelles. Mais la nouvelle Turquie était un État national, les Grecs et les Arméniens étaient forcés d’émigrer.

Hansjorg Frommer

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