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Conférence donnée aux Amis de la Bibliothèque de Rousset-les-Vignes en Février 2016 par Hansjörg Frommer

La France – le quatrième vainqueur

Pour les Alliés, l’État Français avait coopéré avec l’Allemagne de Hitler, était donc un État ennemi. La côte atlantique fut bombardée avant le débarquement allié en Normandie en juin 44. Mais en septembre, De Gaulle libéra Paris et devint chef d’un gouvernement provisoire qui allait se battre avec les Allemands pour libérer toute la France (Strasbourg en novembre 44). Churchill voulait que le nouvel allié participe à l’administration de l’Allemagne après la capitulation sans condition, et Staline accepta cette proposition à Yalta en février 45, sous condition que la zone prévue pour l’URSS reste intouchée. Les Anglais et les Américains se mirent d’accord pour céder une partie de leurs tiers à la France libre. L’armée française traversa le Rhin fin mars près de Spire et occupa le Bade et le Wurtemberg.

L’Allemagne après la défaite

L’Allemagne avait continué la lutte en attendant les armes « miraculeuses » promises par Hitler. Dans la bataille finale autour de Berlin, Hitler se suicida le 30 avril 45, et les chefs militaires signèrent la capitulation le 7 mai à Reims. À partir de cette date, la seule autorité pour l’Allemagne était le Haut commandement allié et chaque allié était responsable pour sa zone d’occupation. Les gouvernements militaires s’occupaient de l’ordre public, de la dénazification, de la nomination des maires, des responsables, d’éditeurs de journaux, de la gestion des stations de radio, de l’organisation de la distribution de vivres, enfin de tout !

L’industrie allemande qui n’avait travaillé que pour l’armement, n’existait plus. Pendant la guerre, l’Allemagne avait vécu de la production agricole d’une Europe occupée. Maintenant elle devait vivre de ses propres ressources. Mail elle avait perdu ses provinces de l’est, la Prusse Orientale, la Poméranie, la Silésie, qui constituaient sa réserve agricole. Les Allemands originaires de ces régions devaient se réfugier en Allemagne, de même que les Allemands qui avaient vécu en Roumanie, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en tout plus de 12 millions qui cherchèrent refuge dans une Allemagne réduite avec ses villes détruites par les bombes, ses lignes de chemin de fer hors service, sans ordre public et avec de nouvelles frontières entre les zones d’occupation. Les soldats allemands étaient prisonniers de guerre dans des camps en Allemagne, en France, en Russie et revenaient à partir de l’automne 45 complètement démunis. La situation dans les villes détruites était catastrophique, et les Alliés qui avaient mené une guerre farouche contre cette Allemagne, ne firent pas preuve de trop de compassion.

L’Europe en 45

L’Allemagne avait détruit l‘ordre européen et exploité les États occupés. Partout il y avait eu une résistance nationale et communiste, et partout les communistes demandèrent alors une participation au gouvernement. Les nouveaux gouvernements étaient naturellement hostiles à l’Allemagne qui ne faisait pas partie de la nouvelle Ligue des Nations. Dans son fameux discours de Zurich en septembre 46, Winston Churchill exigea un effort pour une nouvelle Europe moins nationaliste. Il pensait que les peuples devaient surmonter leurs ressentiments anti-allemands et surtout qu’un partenariat franco-allemand  était nécessaire à cette nouvelle Europe. Mais avec cette position, Churchill était encore très seul en 1946. Les blessures causées par les Allemands étaient trop fraîches et trop douloureuses.

La guerre froide et le rideau de fer

Entre 1945 et 1948, les relations entre les États-Unis et l’URSS se détériorèrent, d’une part à cause de l’Europe de l’Est, où Staline installa des dictatures communistes sous la protection de l’Armée rouge et d’autre part à cause de la Chine et de la Corée et du blocus de Berlin. Les États-Unis décidèrent de soutenir l’Europe et l’Allemagne de l’Ouest par le plan Marshall. Ils formèrent une zone commune avec les Anglais et commencèrent avec des réformes économiques. La France s’y joignit en 48, on introduisit une nouvelle monnaie, le DM, et en 49, on forma un État ouest-allemand, la République fédérale allemande, avec une souveraineté assez restreinte. Le premier chancelier était Konrad Adenauer de la CDU.

La Quatrième République

De Gaulle était le chef naturel du gouvernement provisoire. Mais les partis s’organisaient, les communistes se présentaient comme le noyau de la Résistance et comme les vrais patriotes  les socialistes reprirent leurs positions d’avant-guerre, le MRP (Mouvement républicain populaire) était un nouveau parti chrétien-démocrate et pro De Gaulle. De Gaulle voulait une constitution présidentielle, les partis préféraient une constitution parlementaire. Quand De Gaulle comprit que les partis étaient plus puissants, il démissionna de son poste de chef du gouvernement en janvier 1946. La nouvelle constitution fut acceptée par plébiscite le 13 octobre 1946. Le nouveau Président était Vincent Auriol, le premier Ministre Paul Ramadier, tous deux socialistes. Les trois groupes parlementaires gouvernaient ensemble. Mais en octobre 1947, les États-Unis exigèrent que les communistes quittent le gouvernement. Alors les socialistes et le MRP formèrent pendant un an un gouvernement sous Robert Schuman du MRP. Les problèmes étaient grands : la politique contre l’Allemagne, les colonies et le début de la guerre d’Indochine, et l’opposition était forte au parlement avec les  communistes et hors du parlement avec De Gaulle. Georges Bidault, MRP et ancien combattant de De Gaulle dans la France libre, était Premier Ministre en 49/50, son ministre des affaires étrangères était alors Robert Schuman.

Le Plan Schuman

L’économie ouest-allemande avait bien repris après la réforme de la monnaie et la fondation de la République Fédérale. Les Allemands voulaient oublier en travaillant énormément. La production de charbon et de fer, base pour la production d’armes, était limitée par les Alliés, et le parlement français devait discuter et approuver une ouverture. C’était une discussion sur la culpabilité et la responsabilité des Allemands, mais aussi sur la peur d’une nouvelle agression et sur la comparaison des conditions de vie dans les deux pays. En plus il avait le problème de la Sarre qui faisait partie de l’économie française et produisait du charbon.

Jean Monnet, Bordelais avec beaucoup d’expérience internationale et commissaire au Plan du gouvernement français, prépara en secret l’idée d’une administration européenne pour le charbon et l’acier, pour éviter la discussion et pour initier une coopération économique   européenne avec le but d’un marché commun et d’une union future. Il présenta le plan à Robert Schuman qui comprit tout de suite, que c’était un grand pas vers une normalisation et un avenir commun, une reprise des idées de Stresemann, Briand et Churchill, une chance pour une nouvelle Europe. Il prit contact avec Konrad Adenauer, qui comprit que c’était la chance pour une réhabilitation de l’Allemagne en Europe. Le 9 mai 1950, Schuman présenta le Plan Schuman (qui avait été rédigé par Monnet) aux ministres des affaires étrangères réunis à Londres. Le Plan fut accepté, la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l’acier entra en fonction en 1951 et Jean Monnet devint son Président. Le 9 mai devint le jour de l’Europe, et Robert Schuman président du mouvement européen et du parlement européen qui lui décerna le titre « Père de l’Europe ». La CCE (Communauté Économique Européenne) entra en vigueur en 1958.

La crise de la Quatrième République

L’Allemagne de l’ouest se développa sous Konrad Adenauer et entra dans l’OTAN avec une nouvelle armée allemande en 1955 quand le parlement français avait rejeté en 1954 l’idée d’une armée européenne. En 1953, la dette allemande fut réduite et fixée dans une conférence à Londres. Mais la Quatrième République avait d’autres problèmes que l’Allemagne, d’abord la guerre d’Indochine terminée par Pierre Mendès-France en 1954, et puis la guerre d’Algérie qui déchirait la nation, entre une Algérie française et une Algérie libre. L’armée sous Massu ne voulut plus obéir au gouvernement et prit le pouvoir à Alger. Le premier juin 1958, De Gaulle forma un nouveau gouvernement, et le 28 septembre, la nouvelle constitution de la Cinquième République fut acceptée par plébiscite. De Gaulle termina la guerre d’Algérie en 1962. De Gaulle n’était pas favorable à l’OTAN et à une intégration européenne, mais il fit beaucoup pour un rapprochement avec l’Allemagne, il rencontra Adenauer plusieurs fois, il fit son fameux discours à la jeunesse allemande à Ludwigsburg 1962, et signa avec Adenauer le 23 janvier 1963 le Traité de l’Elysée pour une coopération élargie entre la France et l’Allemagne.

Hansjörg Frommer

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