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Chapitre 1. Cafés littéraires de Taulignan

Les cafés littéraires de Taulignan débutèrent à l’automne 2005, au Café de la Bourgade, en face de la Pharmacie. Nous étions six ou sept amis, désireux de nous rencontrer de temps à autre pour parler de livres récemment parus ou non, mais qui auraient soulevé un enthousiasme à partager. Il fallait que ce soit dans un lieu à la fois public et chaleureux, facile d’accès, ouvert au passant, et nous repoussâmes vigoureusement les invitations à nous réunir à la bibliothèque ou dans le grand salon d’un hôte généreux. Il fallait que là où nous allions nous retrouver, tout un chacun puisse entrer, se joindre à nous, participer ou repartir si bon lui semblait. Dès lors le choix d’un café s’imposait et Elodie nous accueillit dans l’arrière salle de son café de la Bourgade, le dernier jeudi de chaque mois à 18h30, tandis qu’au bar, près de l’entrée, artisans et passants buvaient des verres en devisant plus ou moins bruyamment. Pour le café littéraire inaugural où nous étions une dizaine de participants, Colette Aubourg présenta L’Art de la Joie de Golliarda Sapienza qui venait de paraître chez Viviane Hamy et m’avait enchantée. L’histoire magnifique et rocambolesque de cette femme, histoire parallèle à celle de la Sicile tout au long du XXe siècle, ravit les uns, dérangea les autres. Le café littéraire était lancé ! Je poursuivis avec le premier livre de Mo Yan édité en français « Beaux seins, belles fesses », histoire d’une famille de paysans dans la Chine tout juste révolutionnaire, livre non moins rocambolesque et surprenant. Puis il y eut une soirée sur Giono à l’époque des rossignols, une sur le roman policier suédois très en vogue à l’époque. Elodie nous offrit sa jolie terrasse pour une soirée mémorable où Bernard Peix nous parla très brillamment de Casanova. On parla aussi de Lou Salomé, de Clara Malraux, de Jacqueline de Romilly, de Jacques Lacarrière. Au bout de deux années très fécondes, il fallut faire le point et nous quittâmes à regret ce lieu devenu trop bruyant pour « Le petit resto sous les remparts » que Claudette et Dai venaient d’ouvrir. Nous avons vécu là cinq années de bonheur littéraire où chaque sujet abordé en appelait un autre, devançant parfois l’actualité littéraire en parlant de Le Clézio avant qu’il n’obtint son prix Nobel, de Louise Labé avant que France Culture n’en fit ses matinées littéraires, de Marina Tsvetaieva avant ses rééditions et de Jérôme Ferrari (« Où j’ai laissé mon âme ») avant qu’il ne fut célèbre ! Je n’en ferai pas de liste exhaustive, un site « cafés littéraires de Taulignan » ayant été créé à cette époque mais je citerai encore, me revenant en mémoire, « Neiges » de Pamuk que Régine Escallier nous fit découvrir. Toujours en Turquie, on aborde l’œuvre de Nedim Gürsel avec « Les Filles D’Allah » Puis on parla de littérature égyptienne avec Albert Cossery et Naguib Mahfuz, de littérature hongroise avec Sandor Marai : « Métamorphoses d’un Mariage ». Avec Erri de Luca on soupesa « le poids du papillon ». On se promena au Japon cruel avec Tanizaki, Inoué, et découvrîmes les nouvelles de Murakami: « Saule pleureur et femme endormie ». Du « Premier Homme » de Camus on passa à Saint Augustin qui avait été son sujet de thèse puis on aborda la poésie de René Char parce qu’il était son ami, parce qu’il est notre voisin. Geneviève Mansoux parla un soir froid de Janvier des « Contes des frères Grimm ». Bernard Peix revint pour une soirée qui déchaîna des passions autour de Céline puis, une autre fois, avec une joie communicative il nous entraîna dans les Corbières chez Joseph Delteil. Après la catastrophe de Fukushima, je repris avec Bashō « le chemin étroit  vers les contrées du Nord », suivi des « Cygnes Sauvages » de Kenneth White. Gérard Piketty nous parla de Houellebecq, Yves Bichet intervint et, dans une autre soirée, présenta ses livres. Alain Saint-Denis qui, un soir nous avait fait revivre le siècle de Saint Louis, parla encore de Sylvain Tesson, de sa cabane au bord du Baïkal et des petites mésanges qui frappaient au carreau. Le nombre de participants augmentait de café en café, il devenait difficile de donner la parole à tout le monde. Claudette et Dai avaient laissé la place à Myriam et Didier qui avait rebaptisé le restaurant l’Assommoir et alternait cafés littéraires et philosophiques, augmentant ainsi notre renommée et le nombre de participants. Epuisé au bout de deux ans il céda la place à Muriel. Il était temps pour moi aussi d’annoncer ma retraite. Je restai un an encore dans l’attente d’un successeur. Je garde un souvenir rayonnant de la dernière soirée sous les remparts. J’avais choisi pour thème De Jules et Jim aux Indignés et si mon amie Colette Aubourg et moi-même évoquâmes avec grand plaisir les premiers, c’est ma petite-fille Galadriel qui eut la charge d’évoquer les derniers. En octobre 2012, Geneviève et Alain Mansoux reprirent en main ces soirées, choisissant pour lieu « la Malle Poste », plus vaste, et superbement installée à l’entrée Ouest de Taulignan. Les « mailings » allant bon train, les participants furent bientôt 30 et 40, transformant ces cafés où les échanges ne pouvaient pratiquement plus se faire, en conférences dont les sujets étaient pré-établis un an à l’avance, de Rabelais à Pierre Rabhi. Ils abandonnèrent cependant au bout de 18 mois le lieu et la partie, laissant à Dominique Phélébon le soin de reprendre l’affaire en mains. Aux dernières nouvelles, les cafés littéraires sont revenus « sous les remparts » où ils ont lieu le dernier jeudi de chaque mois pour le plus grand bonheur des uns et des autres.

Chapitre 2. Cafés littéraires de Dieulefit

Après une année en quelque sorte sabbatique, je fus sollicitée par Monique Lavoine pour venir initier des cafés littéraires dans sa librairie Les Fleurs Bleues, rue du Bourg à Dieulefit. Après hésitation, j’acceptai, à condition toutefois que cela restât très discret. Je ne voulais en aucune manière « récupérer » les habitués des cafés de Taulignan et désirais que le nombre de participants demeurât modeste afin de conserver une intimité propre aux échanges. A la première rencontre, nous étions une douzaine rassemblés autour de Proust, de Combray, pour évoquer l’odeur des lilas après la pluie, la saison des asperges, la cloche du jardin, la floraison des aubépines et bien sûr le baiser du soir. On parla ensuite d’ « Apiculteurs ». Ahmed Kalouaz vint nous évoquer son enfance et ses livres. Lorette Nobécourt nous raconta sa conversion à Hildegarde de Bingen et Jean-Philippe Kempf consacra une soirée au divin Marquis de Sade mais … quelque chose n’allait pas. On avait beau se rendre quelquefois au restaurant presqu’en face, « Le Quartier » où l’ambiance est chaleureuse et la cuisine savoureuse, il y avait rupture et l’idée se faisait claire, évidente : un café littéraire ne peut se faire que dans un café ! Au début de la saison suivante, à l’automne 2014, Jean-Philippe Kempf s’installait résolument à Dieulefit et débutait alors entre nous une véritable collaboration : le vent souffla à nouveau. Le premier lieu retenu pour nos réunions fut « Plume la Lune » au début de la rue du Bourg. Nathalie Gérard venait d’ouvrir un délicieux petit restaurant-salon de thé et se déclara enchantée de participer à notre aventure, ce qu’elle fit pendant trois mois, s’inspirant elle aussi de nos thèmes littéraires pour composer ses menus. Joseph Delteil, Marguerite Duras, les éditions « Le Soupirail » et des « Trois Platanes » furent au programme. « Plume La Lune » resta fermée pendant les trois mois d’hiver, on déménagea au Quartier. On y fit revivre les écrivains qui étaient au front dans les années 14-18 : Apollinaire, Cendrars, Delteil encore, ceux qui, de Paris, suivaient les combats : Colette, André Gide, Jean Cocteau. Paule Cassard nous offrit une émouvante soirée consacrée aux « Dimanches d’août » de Patrice Modiano. Nous soulevâmes un bel enthousiasme en retraçant l’histoire du surréalisme de l’Allemagne aux Etats Unis (Tzara, Breton, Aragon, Eluard, Soupault, Crevel, Lautréamont, Dali, Bunuel, Max Ernst, Cornell). Le mois dernier nous étions en Grèce sur les traces d’Alcibiade, de la belle Hélène et du Colosse de Maroussi. En mai nous allons nous pencher sur le théâtre et le cinéma de Marguerite Duras, et nous clôturerons la saison avec le « Songe d’une nuit d’été » où il sera question d’ensorcellement. Pour retrouver tous ces sujets, on pourra se reporter au site : http://www.troisplatanes.com où apparait déjà la chronique « cafés littéraires » dans le menu « Le Salon ». Après la pause de l’été, nous reprendrons les cafés littéraires en octobre. Ce sera comme d’habitude le dernier mardi de chaque mois à 18h30. Nous restons  au Quartier, 5 rue Justin Jouve. Les programmes seront communiqués par mail et par voie d’affiche.

Françoise Autin, le 6 mai 2015

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