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Fin de la nouvelle publiée pour Short

Elle murmure dans un souffle désespéré et poli.

— Mais je n’ai rien fait…
— Ah, ah ! Tu dis que tu n’as rien fait… Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant…

Il se tourne vers elle, lève l’index et ajoute dans un sourire plein d’espièglerie :

—… et à l’heure de notre mort !
— Mais je ne m’appelle pas Marie…
— Hosanna au plus haut des Cieux ! Ouh, nom de Dieu, je bande et j’ai presque plus d’essence. Tu sais, Marie, on va devoir faire une halte, une halte.

Il épelle le mot soigneusement. Toujours son souci d’être bien clair, bien compris.

— 10 km ! Dans 10 km, une station. T’es contente Marie ?!
— Oui.

Elle pense, elle sait qu’elle a une chance maintenant. C’est la première aire d’autoroute après le village. Le moment de décoller.

Une fois seule sur le parking désert, elle a agité frénétiquement les doigts sur la poignée de sa portière. Celle-ci s’est ouverte, béante, et l’air gelé plein de rosée l’a enveloppée comme une grande main douce et forte – exactement comme elle s’était imaginée la main de Dieu. Elle a d’ailleurs songé: « c’est un miracle » . Ses fourmis lombaires se sont transformées en courage, elle a durci les muscles de ses cuisses pour courir et appuyé avec résolution sur le bouton rouge de la ceinture. Celui-ci s’est enfoncé mollement. Le mécanisme était cassé.
Elle a tiré, gigoté et haleté ; puis elle a pensé aux sables mouvants du port américain. « Ca ne sert à rien de s’agiter, c’est même pire », lui avait appris son père.
Seules, hors de la voiture, ses jambes comme deux bouées blanches qu’on voit jaillir par intermittence entre les flots, ont donc cessé de bouger.
Et Véronique s’est mise à chanter.

Emilie Boré

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