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La poétique de l’espace

Ce livre au titre grandiose apporte des surprises. Sur la forme d’abord. L’inventeur de l’obstacle épistémologique ne fait pas table rase. Il a lu les poètes connus ou oubliés. Ses citations sont innombrables et il donne aussi la parole à d’anonymes philosophes, analystes, phénoménologues et topo-analystes (le maître de maison?). Ses digressions font appel à des ouvrages antérieurs ou à écrire, ou à des chapitres à venir. Il a le verbe facile et le sens de la formule : « dans l’enseignement oral, animé par la joie d’enseigner, parfois, la parole pense. En écrivant un livre, il faut tout de même réfléchir » (p. 21). Surprise sur le fond ensuite. Il titre sur l’espace mais décrit des refuges intimes, de confinement croissant: la maison, l’armoire, le nid, la coquille. Il y pratique l’auto-ironie: l’image de la coquille/maison « appartient à l’indestructible bazar de l’imagination humaine ». Mais quel est son analyse de l’image et de l’espace en poésie, et qu’apporte la phénoménologie? Quel est le rôle de la « conscience rêveuse »? Les longues paraphrases surprennent quand on a appris de Valéry que l’essence de la poésie est « la capture et la réduction des choses difficiles à dire ». Deux chapitres donnent un mode d’emploi plutôt qu’une explication, l’avant-dernier (« La dialectique du dedans et du dehors »), et l’introduction que j’ai lue avant et après le texte selon mon habitude. « Il faut être présent, présent dans l’image, dans la minute de l’image » (page 1). « Le poète ne me confère pas le passé de son image et cependant son image prend tout de suite racine en moi » (p. 2). « L’image, dans sa simplicité, n’a pas besoin d’un savoir. Elle est le bien d’une conscience naïve. En son  expression, elle est jeune langage. Le poète, en la nouveauté de ses images, est toujours origine de langage » (p. 4). « De telles images sont instables. Dès qu’on quitte l’expression telle qu’elle est, telle que l’écrivain nous l’offre en totale spontanéité, on risque de retomber au sens plat et de venir s’ennuyer dans une lecture qui ne sait pas condenser l’intimité de l’image » (p. 204). Il n’y a pas de thèse ni de démonstration, mais un constat: le « retentissement » est une résonance. Le poète est radicalement libre. Il offre sa création au lecteur qui le/la reconnaît.

Pierre-François Plouin

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